L’art déco au centre-ville de Montréal
Art déco à Montréal - Photo de Jeff Reuben

L’art déco au centre-ville de Montréal

Si l’Art Déco à Montréal vous intrigue, cet article est pour vous ! 

Dans une précédente série dédiée à l’Art Déco à Montréal, LM Le Québec a présenté certains édifices Art Déco à Montréal, construits dans les années 1930 et le début des années 1940, grâce à la publication de Jeff ReubenA Guide to The Art Deco Architecture Gems of Montreal, publié dans Untapped New York

Cette première série portait sur des édifices institutionnels, résidentiels, religieux ou encore culturels.

Elle a identifié l’Édifice Aldred comme un monument Art déco clé de Montréal. 

En fait, cet édifice Aldred faisait partie d’une tendance plus large de construction d’immeubles de bureaux Art Déco dans le Vieux-Montréal, le centre-ville et le Mile Carré Doré (en anglais : le « Golden Square Mile ») de Montréal. 

Car oui, c’est là, dans le cœur historique de Montréal, que l’architecture Art Déco de Montréal a vu le jour à la fin des années 1920 et au début des années 30. 

Les architectes, les promoteurs immobiliers et les entreprises ont utilisé l’Art Déco pour exprimer le prestige, le luxe et la puissance économique.

De nouveau, LM Le Québec traduit la précieuse expertise de Jeff Reuben, et présente 6 autres immeubles de bureaux, symboles de l’importance de l’Art Déco dans le cœur commercial de Montréal.

Un de ces édifices a d’ailleurs ravivé l’esthétique Art déco suite au déclin de la popularité du style.

Édifice des Tramways (1929)

Un des premiers immeubles de bureaux Art Déco à Montréal est l’Édifice des Tramways, ouvert en juin 1929. 

Il est situé au 155-159 rue St. Antoine Ouest, à Montréal.

Avec ses 10 étages (120 pieds de haut), il abritait initialement le siège social de La Compagnie des Tramways de Montréal (aujourd’hui la « Société des Transport de Montréal » ou la « STM ») ainsi que des bureaux d’autres entreprises.

Les architectes Ross et Macdonald ont conçu cet édifice art déco :

  • avec une façade en brique et des garnitures en pierre, comportant des fenêtres verticales encastrées et séparées par des pilastres surmontés de points décoratifs. 
  • avec une bande horizontale, comparable à une frise classique, au-dessus du rez-de-chaussée. Elle est ornée de bas-reliefs représentant la végétation dans une esthétique géométrique typique de l’époque.
  • une ornementation similaire se trouve également sur les parties supérieures de la façade, ce qui donne l’impression que cette structure ressemble à une plante en germination. 
  • les coins sont un étage plus courts que le reste de l’édifice, suggérant une forme de ziggourat que les édifices Art déco de Montréal ont davantage développé plus tard.

Beaucoup de choses ont changé depuis la construction de l’Édifice des Tramways en 1928-1929. 

  • il s’appelait initialement le Terminal Building, en raison de son emplacement en face du Terminus Craig, une importante station de tramway qui fut néanmoins démolie en 1980. 
  • ce gratte-ciel de l’époque se tenait bien en vue au coin de la rue Craig Ouest (maintenant appelée « rue Saint Antoine Ouest ») et de la rue Côte, laquelle fut éliminée au début des années 2000 lorsque le Palais des Congrès a été agrandi. 
  • depuis 2002, l’édifice des Tramways est rattaché au Palais des Congrès, ce qui a radicalement changé son cadre et ses conditions intérieures, bien que la belle façade de la rue Saint Antoine Ouest subsiste.
Edifice des Tramways LM Le Quebec LM Le Québec
Édifice des Tramways à Montréal – Photo de Jeff Reuben

Édifice du Montreal Star II (1930)

Un an après l’Édifice des Tramways, Ross et Macdonald ont finalisé cet édifice de 13 étages situé au 231-235 rue St. Jacques à Montréal

Une fois de plus, ils ont conçu un édifice avec des façades orientées verticalement.

Toutefois, au lieu de simplement couper les coins les plus élevés comme dans l’Édifice des Tramways, on note plutôt une série de revers commençant au-dessus du septième étage. Cela suggère une forme pyramidale similaire aux gratte-ciels Art Déco de New York.

Par contre, à certains autres égards, cet édifice démontre une version conservatrice de l’Art Déco. 

Une palette atténuée de calcaire avec des garnitures en granit, des panneaux métalliques et des portes extérieures en bronze sont utilisés. De même, l’ornementation est un mélange éclectique de symboles traditionnels, y compris des:

  • fleurs de lis,
  • motifs grecs, et
  • reliefs stylisés Art Déco de type standard. 

Comparez-le avec le prochain édifice que nous examinerons : l’Édifice-Médical-Drummond !

Cet édifice est connu sous le nom d’Édifice du Montréal Star II car il se trouve :

  • à côté du premier Édifice du Montreal Star, construit en 1899, et 
  • derrière le troisième Édifice du Montreal Star, ajouté à ce complexe en 1960. 

Le journal Star est resté le principal locataire jusqu’à ce qu’il cesse de paraître en 1979. Puis The Gazette prend sa place de 1980 à 2003. 

En 2009, ce joyau Art Déco a été converti en espace hôtelier par les architectes Geiger-Huot lors de son intégration au Westin Montréal.

Édifice Médical-Drummond (1930)

L’édifice Médical Drummond est situé au 1414 rue Drummond à Montréal.

Construit de 1929 à 1930, cet Édifice Médical-Drummond comprenait des cabinets de médecins, des magasins ainsi qu’un garage de 400 places, le tout réparti sur 11 étages.

Conçu par les architectes Nobbs et Hyde avec des éléments de gratte-ciel typiques de l’Art Déco (tels que la disposition verticale des fenêtres et l’utilisation de matériaux de construction de haute qualité), il est orné d’une gamme de décorations distinctes, notamment :

  • des carreaux de terre cuite avec des croix rouges et des sculptures en pierre du bâton d’Asclépios (serpent enroulé autour d’un bâton symbolisant la médecine). 
  • le hall intérieur était luxueusement meublé, avec du marbre, du granit et des peintures murales.

Cet édifice a conservé ses fonctions d’origine jusqu’à récemment. 

Cependant, en 2019, le propriétaire de l’édifice a annoncé que les espaces médicaux seraient convertis en résidences de luxe. Mais plus tôt cette année, les plans ont été révisés pour créer de nouveaux espaces de bureaux commerciaux. 

Dans des posts sur les réseaux sociaux, Neuf Architectes, responsable du nouveau design, a indiqué ses objectifs de «préserver de nombreux éléments typiques du style art déco d’origine: ornementations de façade, motifs floraux et ferronneries. »

Vous êtes toujours là ?

Alors, on continue ! Il nous reste 3 autres édifices art déco à découvrir dans le centre-ville de Montréal.

Édifice Crescent (1931)

Cet édifice Crescent est situé au 1405-1411 rue Crescent, à Montréal, au coin de la rue Crescent et de la rue Ste Catherine Ouest.

La caractéristique la plus distinctive de l’Édifice Crescent est la charpente métallique complexe au-dessus de l’entrée principale portant le nom anglais de l’édifice dans une élégante police Art Déco. 

On note également des fleurs stylisées et des formes géométriques abstraites, qui se répètent sur d’autres parties de la façade en aluminium et en pierre.

Bien que les influences Art Déco soient arrivées à Montréal en provenance d’autres régions du monde, principalement de la France et des États-Unis, cet immeuble de bureaux de cinq étages est un bon exemple de la façon dont les bâtiments Art Déco montréalais avaient souvent une saveur locale. 

L’Édifice Crescent a été conçu et construit par des entreprises montréalaises:

  • le cabinet d’architectes Jean-Julien Perrault et Joseph Roméo Gadbois,
  • Dansereau Ltée., entrepreneurs généraux. 
  • les matériaux de construction comprenaient du granit extrait de Scotstown dans les Cantons-de-l’Est et du béton de la Canada Cement Company, dont le siège social était situé à un kilomètre du square Phillips, à Montréal.
  • on ne sait pas avec certitude qui a créé la belle ferronnerie, mais un candidat probable est la Robert Mitchell Company de Montréal. 

Toujours existante, cette entreprise a fourni du matériel architectural distinctif pour de nombreux bâtiments canadiens, y compris l’édifice Aldred ainsi que le prochain bâtiment que nous examinons dès maintenant, l’Édifice McDougal & Cowans !

Édifice McDougal & Cowans (1930)

«L’agrandissement des bureaux McDougall and Cowans est une suite de l’activité qui règne à la Bourse locale et l’exemple qu’ils viennent de donner sera paraît-il, imité par d’autres courtiers. »

Le Canada (revue), 22 février 1929

Cet édifice, connu comme étant l’Édifice Anglo-American Trust, est situé au 201 rue Notre Dame Ouest à Montréal.

L’architecte James Cecil McDougall a conçu ce bel immeuble de sept étages pour la société de courtage McDougall and Cowans et sa banque affiliée, Anglo-American Trust. 

Il a été construit sur un site étroit à côté de ses bureaux existants de la rue Saint Jacques.

Il présente plusieurs caractéristiques attrayantes, dont des bas-reliefs allégoriques du sculpteur montréalais Henri Hébert symbolisant la prospérité, le travail (ou les ouvriers) et la finance.

Cependant, au moment où le bâtiment fut achevé au printemps 1930, le crash d’Octobre 1929 à Wall Street avait provoqué la Grande Dépression. La prospérité qui a déclenché la vague d’immeubles de bureaux Art Déco à Montréal était terminée. 

Après 1931, l’Art Déco montréalais se poursuit sous d’autres formes, comme le pavillon principal du Jardin botanique de Montréal, qui fournit des emplois aux chômeurs et aux artistes, dont Henri Hébert.

Au début des années 2000, cet édifice McDougall & Cowans et la propriété voisine ont été transformés en un complexe d’appartements appelé Le Bogart.

Édifice Standard Life (1962)

«Les architectes Durnford, Bolton, Chadwick et Ellwood ont conçu l’immeuble de façon qu’il s’intègre harmonieusement dans le cadre de ce qui est considéré comme la plus belle artère de Montréal, et ses lignes s’harmonisent avec celles des immeubles voisins; le Château, les appartements Arcadia, Holt Renfrew & Co. Ltd, l’hôtel Ritz Carlton, etc. »

Le Devoir, 2 juillet 1960

L’édifice Standard Life est situé au 1245 rue Sherbrooke Ouest, à Montréal.

Il a été achevé dans les années 1960 lorsque l’architecture moderniste, également connue sous le nom de Style International, a dominé et que l’Art Déco était considéré comme dépassé.

Cependant, la conception de cet immeuble de bureaux de 21 étages a subtilement incorporé des éléments Art Déco. 

  • à son achèvement en 1962, le magazine Architecture-Bâtiment-Construction notait «l’accent vertical de l’édifice. » Cela le distingue des gratte-ciels typiques de cette époque, par exemple celui de la Place Ville Marie, qui ont un caractère fortement horizontal, et le lie plutôt à la typologie des gratte-ciels Art Déco. 
  • de même, au lieu d’une tour purement rectangulaire comme la Tour CIBC, l’édifice Standard Life présente des découpes d’angle au sommet similaire à l’Édifice des Tramways.
  • du granit est inclus dans la façade pour un effet purement esthétique, ainsi que pour se rapprocher des édifices voisins, tels que le magasin Holt Renfrew de style Art Déco.

Cela était rare à une époque où la plupart des architectes croyaient en une rupture totale avec le passé et ignoraient le contexte existant.

Le résultat est quelque chose qui n’est pas censé exister: un joyau moderniste-art déco des années 1960 !

Edifice Standard Life a Montreal LM Le Quebec LM Le Québec
Édifice Standard Life à Montréal – Photo de Jeff Reuben

Pour conclure

Grâce à Jeff Reuben, nous venons de découvrir 6 nouveaux édifices art déco au centre-ville de Montréal:

  • des Tramways,
  • du Montréal Star II,
  • Médical Drummond,
  • Crescent,
  • McDougall & Owans, et
  • Standard Life.

Ces édifices témoignent du prestige et de la puissance économique de Montréal dans les années 20.

Pensez aussi à la liste des édifices emblématiques de l’art déco montréalais que nous a déjà partagé Jeff Reuben dans la série Art Déco à Montréal !

Merci infiniment à Jeff Reuben de nous partager sa passion pour l’art déco, notamment à Montréal.

Laisser un commentaire